La poésie mise en musique : une fusion des genres qui nous enthousiasme.
Dans la foulée du festival FrancoFaune, histoire de prolonger le plaisir du français chanté dans le texte, Passa Porta invite Frànçois Atlas à livrer sa version de quelques poèmes de Baudelaire. L’occasion de se pencher sur la relation entre l’artiste dandy et son célèbre aîné.
Mimétisme et appropriation
En 1856, Charles Baudelaire n’a pas encore publié Les Fleurs du mal et il prend la pose devant l’objectif de son ami Félix Tournachon, dit Nadar. Né à Paris en 1821, l’écrivain est alors âgé d’à peine 35 ans, contrairement à ce que pourraient laisser croire les apparences.
Cent soixante-deux ans plus tard, Frànçois Marry, leader du groupe Frànçois and The Atlas Mountains, 35 ans lui aussi, se glisse dans la peau du poète et reproduit la mise en scène photographique à l’occasion de la sortie de son nouvel album, « Fleurs du mal », où il met en musique des poèmes baudelairiens avec la désinvolture et l’élégance qui leur siéent.
Une expérience de recréation et de relecture personnelle qu’il présentera en exclusivité belge sur notre scène littéraire, la fleur à la main et la poésie dans le cœur.
La beauté d’un recueil maudit
À une passante, Parfum exotique, L’Ennemi, Recueillement, Vie antérieure, L’Invitation au voyage, Promesses d’un visage, Rêve parisien… Autant de titres associés à une œuvre novatrice qui a scandalisé la société bourgeoise et conformiste dès sa publication en 1857.
Mais plus que des textes ayant marqué l’histoire de la littérature, c’est toute une époque, celle de la bohème parisienne de la seconde moitié du XIXe siècle, que le chanteur pop français fait revivre le temps d’un album. Un concept dont la genèse relève de la gageure : « À l’automne 2016, pour répondre à l’invitation de proposer un concert à l’exposition «Baudelaire L’Œil Moderne» au musée de La Vie Romantique, je me suis fixé le défi d’apprendre par cœur des poèmes des Fleurs Du Mal », explique-t-il. « J’ai utilisé des accords de guitare très simples comme structure mnémotechnique. J’ai été frappé de la régularité et de la musicalité des vers, ils se sont glissés dans ce format pop avec limpidité. »
Une expérience réussie qui se transforme rapidement en album, où le chanteur convie, entre autres, la crème de la nouvelle pop féminine française : Barbara Carlotti, Juliette Armanet et Fishbach. Au-delà de l’exercice de style, il s’agit pour lui de partager son admiration profonde et sincère envers le grand Charles et sa ville : « Ce projet coïncide avec mon emménagement à Paris. À cette période, j’ai noué des contacts plus réguliers avec les musiciens de ma génération qui vivent dans la capitale fantasmée par l’auteur du Rêve Parisien. En leur parlant du projet, ils m’ont avoué leur fascination pour le poète maudit, et j’ai convié certains d’entre eux à venir chanter avec moi. »
Chanter des textes qui n’ont pas d’âge
Un souffle mélodique vient dépoussiérer des poèmes vibrant de leur rythme propre, à peine blanchis par le temps. L’interprétation de Frànçois Atlas souligne la modernité d’une œuvre voluptueuse qui n’a (presque) pas pris une ride : « Je souhaitais aborder ces textes avec beaucoup d’intuition et de légèreté, sortir de l’environnement classique et scolaire auquel cette œuvre est parfois associée. » Et un peu plus de cent cinquante ans après sa mort, l’auteur des Fleurs du mal continue de remuer l’âme de l’auditeur, avec ses vers aux accents mystérieux et sublimes, qui invitent à un voyage, forcément musical.
Frànçois Atlas sera en concert à Passa Porta le jeudi 18 octobre à 20h.
* Le Festival FrancoFaune, c’est 10 jours de musique en français. Une cinquantaine de concerts, dans plus de 20 lieux bruxellois, du 4 au 14 octobre. Une célébration de la biodiversité musicale, où tous les styles s’entrecroisent. Suivez le programme :